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ENTRETIEN AVEC LAI YAN-CHI ET VICKY WONG – RÉALISATEURS DE LA FRESH WAVE (PARIS CINÉMA)

Source: http://eastasia.fr/2012/07/08/entretien-avec-lai-yan-chi-et-vicky-wong-realisateur-de-la-fresh-wave-paris-cinema/

ENTRETIEN AVEC LAI YAN-CHI ET VICKY WONG – RÉALISATEURS DE LA FRESH WAVE (PARIS CINÉMA)

Posté le 8 juillet 2012 par

LAI Yan-chi et Vicky WONG sont respectivement les auteurs de 1+1 et The Decisive Moment. Le premier s’inspire du fait réel de la démolition d’un village et le combat symbolique de deux de ses habitants. Le deuxième met en question le rapport de l’homme avec son œil artificiel, l’appareil photographique, digital ou numérique.

Les réalisateurs ont partagé avec East Asia leur expérience cinématographique. Par Alexandra Bobolina.

« Le cinéma d’Hong Kong depuis quelque année n’est plus ce que il était et ce n’est secret pour personne (…) Mais je suis confiant dans la relève qui arrive ».C’est ainsi que Johnny To a introduit les jeunes cinéastes de la « Fresh wave » avec cinq courts-métrages faits au cours des derniers trois ans. Après les avoir vus, nous partageons la confiance.

Quelle est votre expérience cinématographique ?

Tous les deux : Voir beaucoup de films !

Vicky WONG : C’était mon quatrième film. Après mon diplôme à la Film Academy de Londres, j’ai commencé à tourner à Hong Kong. The Decisive Moment est mon plus long film avec dialogues.

La plupart des films de la Fresh Wave présentés ici traitent de thèmes d’actualité sociale. C’est l’une des préoccupations principales du jeune cinéma hongkongais d’aujourd’hui ?

LAI Yan-chi : Pour moi, le cinéma est une meilleure façon de parler de ces sujets parce qu’il est immédiat et permet de dire les choses de manière directe. Je ne pourrais pas dire que tout mon travail sera consacré aux problèmes de société, mais je considérerai sûrement toujours ce côté de la réalité.

Est-il facile de faire du cinéma à Hong Kong ?

Les deux : Techniquement, oui !

Vicky : Nous tournons toujours en digital. Donc l’équipement n’est pas cher. Je fais appel à tous mes amis et je n’ai pas de charges supplémentaires, la chose la plus difficile pour moi était de trouver les acteurs. Ils sont professionnels parce que j’avais déjà une idée précise sur les personnages qu’ils devaient incarner.

Yan-chi : Je pense que faire un film indépendant à Hong Kong est facile. Parce qu’il s’agit de films à budget réduit, nous avons besoin d’une caméra très simple et d’une petite équipe. Mes acteurs n’étaient pas professionnels et le grand-père était pour de vrai quelqu’un d’engagé dans le protest dont le film s’inspire.

Ce n’est pas pareil pour un film commercial parce qu’il y a beaucoup de charges supplémentaires : l’équipe, le travail de marketing et de communication… c’est un autre niveau. Dans notre cas, nous nous appuyons sur tous nos amis.

Et quelles sont les conditions pour montrer des films ?

Vicky : Les montrer, c’est une toute autre question. Dans le projet Fresh Wave Film Festival, nous avions présenté nos pitchs au ADC (Arts Development Center) pour avoir le budget pour la réalisation des films. Il y a beaucoup de gens qui tournent, mais peu de films sont montrés. Le choix se réduit souvent à Youtube. Les salles de cinéma à Hong Kong sont commerciales et c’est difficile pour un film d’être projeté s’il n’a pas une valeur ajoutée. Il y a une seule salle qui accueille des films alternatifs ou indépendants.

Pourtant, Yan-chi a quand même pu montrer 1+1 dans des cinémas commerciaux. Pourquoi un tel succès ?

Yan-chi : Le fait d’avoir gagné le premier prix du festival a, je crois, poussé les gens à aller le voir en se disant qu’il valait le coup. Nous n’avions pas beaucoup d’argent pour le promouvoir hormis le bouche à l’oreille. Le programmateur du cinéma nous avait dit que s’il y avait une séance complète, il ajouterait une autre date. Comme ça, à chaque fois, nous nous chargions de remplir les sièges et demandions au public de recommander le film, s’il l’avait aimé. Le public était superbe, ils ont diffusé aussi sur Internet et nous avons pu montrer 1+1pendant 5 mois. En fait, c’est presque une révolution.

Vicky : C’est même un record ! Un film indépendant, un court-métrage, en plus.

Il a été projeté avec un autre film ?

Yan-chi : Non, tout seul. Mais le ticket était moins cher : la moitié du prix d’un long métrage, parce que la durée était presque la moitié. Il m’était demandé pour rendre plus intéressant la séance de la terminer à chaque fois avec des questions et des réponses. Donc la durée totale était d’une heure.

C’était un événement social, une rencontre ?

Oui, je ne pensais pas seulement au film, je voulais passer le message. À Hong Kong, il y a beaucoup de gens qui, durant toute leur vie, n’iront pas dans les quartiers villages. Ils passeront plus de temps en faisant des courses, parce que ces endroits sont considérés un peu comme bannis par la société. Donc, je cherchais un regard critique.

Vous avez ressenti cet effet ?

Je ne pourrais pas dire qu’un film changera les choses. Mais il a fait réfléchir les gens. Certains ne savaient même pas qu’il existait ce côté de Hong Kong. Je trouve que la chose la plus importante est de s’intéresser à quelque chose, et ensuite, en apprenant plus, tu agis.

Pourrait-t-on voir 1+1 comme un signe que les conditions pour le cinéma indépendant s’améliorent ?

Vicky : Le problème reste la diffusion. L’équipe du film et les producteurs sont tous impliqués dans le tournage et il n’y a pas les moyens pour la promotion. Il n’y a pas des personnes qui se consacrent exclusivement à ça.

Malgré les difficultés, vous continuez à préparer des projets ?

Tous les deux : Oui !

Quel est  le prix dans la vie quotidienne pour faire du cinéma indépendant ?

Vicky : Je travaille comme indépendant à côté. Je fais des vidéos publicitaires qui ne sont pas liées à mon travail personnel. Comme ça, je gagne l’argent que j’investis dans mes films.

Yan-chi : Je travaille aussi pour le théâtre. J’essaie de faire les deux. Je suis metteur en scène. Le domaine du théâtre n’est pas plus facile, mais j’y travaille depuis les années du lycée, ce qui fait déjà une dizaine d’années. Je connais donc le milieu et j’ai plus de relations qu’en cinéma. Pour le théâtre, je travaille pour vivre et dans le cinéma, je réalise mes rêves.

Quelles sont vos références dans le cinéma ?

Yan-chi : J’aime bien évidemment Johnnie To, parce qu’il réussit à faire l’équilibre entre le cinéma commercial et celui d’auteur. Je l’admire pour ça et je le prends comme modèle.

J’aime aussi Herman Yao. Il fait beaucoup de références sociopolitiques dans ses œuvres.

Ann Hui est aussi quelqu’un que je respecte parce que ses films ont un regard très humain. Le cinéma est un média de masse et c’est de cette façon, je crois, qu’il aide à faire un monde meilleur.

Vicky : Je citerai les mêmes noms pour ce qui concerne Hong Kong. Je m’inspire beaucoup de la science-fiction donc mon auteur fétiche est George Lucas. C’est lui qui m’a appris comment faire un film. En fait, le final de The Decisive Moment est une reprise de Star Wars. C’est Dark Vador qui sauve son fils et complète le cercle. Quand j’écrivais, j’avais un blanc pour la fin du film, donc je me suis inspiré de lui. Il m’a dit « le film doit se terminer comme ça » et c’est ce que j’ai fait (rires).

Combien de temps vous a pris le projet ?

Vicky : C’était dans des conditions de compétition : nous avions eu la réponse positive en décembre et nous avions le temps jusqu’au juillet pour le finir, donc six mois pour le tournage et la postproduction. Le tournage nous a pris finalement quelques jours. Mais pour moi, il y a eu aussi un travail important sur les effets spéciaux.

Propos recueillis au Festival Paris Cinéma le 30/06/2012 par Alexandra Bobolina.

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